|
La Berne fédérale incite à la création d'entreprises.
L'Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie lance un programme national visant à promouvoir les jeunes entreprises innovantes et à sensibiliser les étudiants à l'entrepreneuriat.
Initiative de l'Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT), venturelab ambitionne d'être une piste d'envol pour les "start-ups" grâce à la formation de 500 jeunes entrepreneurs à la gestion d'entreprise. Afin que l'économie suisse renoue avec la croissance, il faut que se créent de nouvelles entreprises innovatrices dans des branches porteuses. Pour le Président de la Confédération et chef du Département de l'économie Joseph Deiss, il importe à cette fin que la Suisse retrouve le goût du risque et de l'innovation. Lancé par l'un de ses services, un vaste programme d'envergure nationale vise à renforcer la culture de l'entrepreneuriat. Présenté le 24 mai à Berne par l'OFFT, ce programme propose dans toutes les régions du pays des cours et des séminaires axés sur la pratique.
D'abord à Lausanne
Concrètement, l'agence pour la promotion de l'innovation (CTI), qui est l'un des secteurs de l'OFFT, a engagé une procédure de soumission sur invitation et finalement confié la réalisation de ce programme intitulé venturelab à entreprise IFJ (Institut für Jungunternehmen) établie à Saint-Gall. Un projet pilote avait été lancé sous l'égide de la CTI et réalisé par l'association Create Switzerland, sise à Lausanne. Le succès des cours de Create Switzerland est évident: 160 personnes ont suivi des cours intensifs d'une semaine tandis que 400 étudiants ont fréquenté les cours d'un semestre. Restait à trouver une entreprise capable de réaliser ce programme à l'échelle suisse. Le choix s'est porté sur IFJ, qui bénéficie d'une grande expérience dans l'encadrement de start-up.
Un label convaincant
Selon Johannes Kaufmann, sous-directeur de l'OFFT, il n'appartient pas à l'Etat d'empiéter sur les activités des entreprises. Il lui revient en revanche de créer un contexte favorable. Lancée en 1996, l'initiative CTI Start-up stimule l'innovation et favorise, pendant la phase de démarrage, l'encadrement des jeunes entreprises par des professionnels. Au cours des huit dernières années, pas moins de 92 nouvelles sociétés ont bénéficié du label CTI Start-up qui atteste de leur viabilité et leur permet d'accéder plus facilement à du capital-risque. En 2003, les sociétés au bénéfice de ce label ont obtenu un financement de 90 millions de francs à titre de capital-risque. Cela représente 60% des investissements à capital-risque consentis en Suisse cette année-là. Une référence! Mais il fallait aller plus loin.
Découvrir, mais aussi appliquer!
Grâce à sa place scientifique de haut niveau, la Suisse est souvent au nombre des premiers à découvrir. Elle peine en revanche à figurer dans les premiers à appliquer. Or la rapidité joue un rôle essentiel dans le succès. Tout en faisant preuve d'excellence dans les processus d'innovation, il s'agit donc de réduire considérablement le délai de mise sur le marché. Directeur de l'OFFT, Eric Fumeaux révèle que le gouvernement a prévu quatre volets pour parvenir à cette fin. Il s'agit de renforcer la formation, la recherche et la technologie, de promouvoir l'entrepreneuriat, de renforcer la collaboration entre les entreprises et les hautes écoles et de profiter des expériences des autres dans un monde globalisé. La priorité est aujourd'hui accordée à la promotion de l'entrepreneuriat. Pour Eric Fumeaux, la Suisse a besoin d'hommes d'affaires aux idées lumineuses, capables de concrétiser leurs ambitions et donc de créer des emplois.
Dans une première démarche, l'OFFT soutient les nouvelles entreprises du domaine de la haute technologie en leur apportant un encadrement professionnel au démarrage. Les mesures visent également à promouvoir l'esprit d'entreprise. Les hautes écoles dispensent ainsi un enseignement complet et ciblé dans le domaine de l'entrepreneuriat dans le dessein de susciter l'envie de fonder une entreprise et de donner confiance. Le mandat donné par la CTI à l'IFJ de Saint-Gall pour favoriser la création de nouvelles entreprises dans le domaine de la haute technologie constitue une première étape. Selon les résultats, cette initiative pourrait toucher non seulement les étudiants des filières académiques, mais également ceux des filières de la formation professionnelle.
Dans le domaine de l'entrepreneuriat, la Suisse dispose déjà de nombreuses compétences publiques et privées et il compte une multitude d'initiatives d'encouragement. Le plan d'action de l'OFFT prévoit de les relier afin de mettre une offre complète à la disposition des personnes disposées à créer leur entreprise.
Le pas vers l'indépendance
Pour revenir au programme venturelab assumé par l'IFJ, son objectif est d'encourager les étudiants des EPF, des HES et des universités à faire le pas vers l'indépendance et de dissiper leurs craintes à ce sujet. A croire Beat Schillig, directeur d'IFJ, la possibilité de collaborer directement avec une jeune entreprise motive particulièrement les étudiants et se répercute directement sur l'activité de fondation dans le contexte des hautes écoles. Concrètement, des groupes d'étudiants aident une jeune entreprise à résoudre des problèmes concrets: analyses de marché, plan d'affaires, introduction sur le marché, etc. Les expériences faites depuis cinq ans à la HES de Saint-Gall dans le cadre des cours semestriels "ven-ture challenge" témoignent de l'efficacité de ce type de cours. Ceux qui ont déjà une idée novatrice et prometteuse peuvent postuler à venturelab: les meilleurs pourront la traduire en stratégie dans le module "venture plan" sous la conduite d'experts. Cinq jours de travail intensif répartis sur un mois permettront d'élaborer un plan affaires solide. Les meilleurs plans seront approfondis avec l'appui d'une dizaine d'experts dans le cadre du module "venture training". Le dernier jour de cette étape, les participants auront la chance de se qualifier pour un coaching intensif et taillé sur mesure. Ce sera le moment où venturelab transférera les projets arrivés à maturité au programme existant de la Confédération dont l'efficacité est reconnue par le marché des capitaux. Beat Schillig mentionne aussi deux modules complémentaires de mise en réseau des nouveaux entrepreneurs: les "venture apéros" et le "venture expérience". Les premiers, qui s'inspirent des manifestations de l'IFJ -près de 400 apéros ont déjà réunis 15'000 participants-, jouent le rôle de plate-forme d'échanges et aident à trouver les bons partenaires. Le second est repris du modèle développé par la Young Entrepreneurs Orgaruzation (YEO), forte de 5'000 membres, qui a fait ses preuves à l'échelle internationale.
La plate-forme Internet www.venturelab constitue un élément central d'une initiative dont la barre est placée très haut. Il s'agit en effet intéresser chaque année quelque 1'500 étudiants des hautes écoles à la création d'une entreprise, et de former environ 500 jeunes entrepreneurs dans le domaine de la gestion d'entreprise.
Raymond Gremaud, Entreprise Romande, 28.05.2004
|