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M. Raymond Barre à Fribourg

"La place des petites et moyennes entreprises dans l'Europe des régions"

Un pas vers l'Europe!

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

Je voudrais saluer toutes les personnalités qui sont présentes ce soir et vous dire combien je me réjouis de retrouver Fribourg et son Université, et combien je suis heureux, une fois de plus, de me retrouver dans ce pays, dans cette Suisse avec laquelle la France entretient depuis si longtemps d'étroites relations, et dans ce canton avec lequel la région Rhône-Alpes, dont je suis un des élus, maintient une relation et une coopération très efficaces.

L'Europe des régions

Vous m'avez demandé de parler des petites et moyennes industries dans l'Europe des régions. Je voudrais faire une remarque préliminaire et vous dire que je n'aime pas personnellement l'expression "l'Europe des régions". Non point parce que je nie le phénomène régional, loin de là, mais parce qu'il y a aujourd'hui dans un certain nombre de pays, qui font partie de la Communauté européenne, une tendance selon laquelle il serait souhaitable à l'avenir de maintenir des relations directes entre les régions et les centres institutionnels de décisions de la Communauté comme si les gouvernements n'existaient pas, comme si les nations ne comptaient pas. J'entends dire souvent que dans le monde de demain il y aura, en Europe, l'échelon communautaire, disons l'échelon bruxellois, et l'échelon de décision au niveau des régions. Je ne partage pas cette opinion parce que je crois d'abord que cela ne se produira pas, et parce qu'ensuite, je considère que cela serait contraire à l'intérêt de cette Communauté et de cette Union européenne que nous sommes en train de construire. Cela ne se fera pas pour une raison très simple: c'est que nous ne construisons pas la Communauté, ni l'Union européenne, à partir d'une table rase. Notre Communauté n'est pas comparable à cette entreprise qu'a été la constitution des Etats-Unis d'Amérique. Ces derniers se sont progressivement développés par extension vers une frontière qui s'est sans cesse déplacée jusqu'au moment où le Pacifique a été atteint; mais, bien que le terrain fût plutôt vide, chacun sait ce qu'il fallait affronter comme périls pour atteindre l'extrémité du territoire que l'on souhaitait mettre en valeur. Nous construisons l'Europe à partir de vieilles nations. Nous construisons une Communauté qui est une communauté de nations et d'Etats. Nous ne ferons pas disparaître, par incantations ou par un coup de baguette magique, les traditions qui se sont forgées et qui se sont enracinées dans l'histoire de chacun de nos pays et dans l'histoire de chacun des pays qui souhaiterait demain se joindre à nous.

Voilà pourquoi je pense que nous devons insister sur le fait que la Communauté et l'Union européenne que nous voulons construire ne doivent pas apparaître comme des facteurs de désintégration des ensembles nationaux existants, mais comme des facteurs qui jouent dans le sens de l'affermissement et de l'expansion de ces ensembles, dont chacun maintient son identité et où la totalité de la communauté de l'Union bénéficie des différences qui en constituent la richesse. Cela ne veut pas dire que je voudrais, devant vous, nier le phénomène de régionalisation et le phénomène de décentralisation auxquels nous assistons aujourd'hui dans un grand nombre de pays européens qui ont été dans le passé, du fait de leur histoire, des Etats centralisés ayant construit l'identité nationale autour d'un pouvoir central tout puissant. C'est le cas de mon pays en particulier. Je considère comme extrêmement profitable l'évolution actuelle qui tend à favoriser l'émergence de régions capables d'assumer leur destin, évolution qui entraîne une décentralisation des décisions et qui confie aux individus le soin de prendre les initiatives et d'exercer les responsabilités qu'ils souhaitent. Comme Français, j'en porte le témoignage. La décentralisation mise en oeuvre depuis la 5ème République, soit depuis 1967, et qui a été successivement étendue jusqu'aux lois finales de décentralisation en 1982-1983, a été hautement bénéfique non seulement à la vie économique, mais également à la vie culturelle des régions françaises. Il en est de même en Italie et en Espagne. L'Allemagne fédérale avait déjà montré, avec ses Länder, quelle était l'importance de ce phénomène de décentralisation. En ce sens, la Suisse avait été un exemple.

Dans cet ensemble économique et politique que constitue l'Union européenne, il est indispensable que les relations s'établissent entre les régions. Là aussi, je ne voudrais pas que vous interprétiez mes propos comme étant le refus de tenir compte des liaisons spécifiques qui peuvent s'établir entre régions voisines ou entre régions ayant des structures analogues, ou entre régions pouvant avoir, dans tel ou tel domaine, un intérêt à travailler ensemble. Dans la région Rhône-Alpes, j'ai contribué au développement de ses relations non seulement avec la république et canton de Genève et la Suisse romande voisine, mais j'ai été de ceux qui ont vivement recommandé le resserrement des liens entre la région Rhône-Alpes et la Catalogne. Pour une raison bien simple, c'est que le tissu économique de la Catalogne et le tissu économique de Rhône-Alpes, constitués par un grand nombre de moyennes entreprises extrêmement dynamiques, sont similaires et que des relations entre les entreprises de ces régions peuvent être particulièrement fructueuses. C'est également la raison pour laquelle des relations se sont établies entre la région Rhône-Alpes et une région beaucoup plus lointaine, le Bade-Wurtemberg, qui présentait l'originalité d'avoir réalisé une industrialisation moderne dans une région qui avait été jusque-là dominée par des activités agricoles.

Voilà donc quelques précisions que je voulais vous présenter. Je crois que j'ai été incité à le faire parce que juste avant de venir vous parler, un journaliste m'a dit: "Ne pensez-vous pas que la Communauté va conduire à une désintégration de la Suisse ?". Ma réponse est tout à fait différente. Je crois que loin de conduire à une désintégration, la constitution de l'Union européenne peut aboutir à une expérience à la fois originale et féconde: celle du développement, entre régions appartenant à des ensembles nationaux qui participent à l'Union européenne, de relations nouvelles et intenses qui viennent en quelque sorte s'ajouter aux relations globales qui existaient déjà au niveau national.

Les PME au sein de l'Europe

Cela me conduit à aborder maintenant le problème des petites et moyennes entreprises et industries au sein de l'Europe, que j'utilise cette fois dans une acception plus large que le sens d'une organisation politique. J'ai toujours considéré que la Communauté n'était pas l'Europe. La Communauté est une organisation européenne parmi d'autres. Elle groupe un certain nombre de pays européens, d'autres pays européens n'en font pas partie. Ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas membres de la Communauté ou du Marché Commun qu'ils ne sont pas des pays européens.

Les PME face à la globalisation des marchés

Dans les pays européens, nous assistons aujourd'hui à la présence dans les structures économiques d'un grand nombre de moyennes et même de petites entreprises qui apparaissent très dynamiques et très vivaces. Il semblerait que ce fait pourrait être considéré comme contradictoire avec les tendances qui caractérisent l'économie moderne, c'est-à-dire les tendances à la globalisation, à la globalisation du marché, à la globalisation de l'activité à un niveau qui dépasse les espaces nationaux et même les espaces continentaux. Et par ailleurs, il est un phénomène lié à la constitution de ces grands espaces: il s'agit de l'agrandissement de la dimension, de la taille des unités économiques. Il y a encore une vingtaine d'années, dans de nombreux pays européens, l'idée la plus répandue était que les entreprises devaient s'agréger ou fusionner. De grandes unités de production, de distribution, de crédits devaient se constituer pour faire face à la compétition internationale. Cela est vrai dans certains domaines. On ne peut pas ne pas tenir compte des avantages qu'apporte une échelle mieux adaptée au degré de concurrence qui existe dans le secteur dans lequel opère l'unité de production. Un grand nombre de fusions, un grand nombre d'accords d'entreprises s'expliquent par cette nécessité de faire face à la concurrence. Encore que l'accroissement de dimension ne soit pas automatiquement la garantie d'un accroissement de productivité et d'un accroissement de compétitivité. Vous le savez, vous qui êtes engagés dans la vie des affaires, combien les fusions et les ententes ou les accords entre les entreprises demandent un très grand soin dans leur réalisation en vue d'éviter les déperditions de force qui peuvent se manifester à cette occasion.

Nous avons cependant rapidement observé que si la taille était un avantage dans un certain nombre de secteurs, cela ne signifiait pas que l'entreprise moyenne ou petite fût appelée à disparaître. Bien au contraire, on a assisté à une sorte de reviviscence de la petite et de la moyenne entreprise favorisée par le développement d'un certain nombre de techniques modernes qui accroissent l'efficacité de l'entreprise et facilitent les conditions de gestion par le chef d'entreprise. Nous sommes donc aujourd'hui en Europe beaucoup plus conscients du fait que nos structures industrielles et, en particulier, au-delà des structures nationales, des structures régionales dépendent pour une large part de ces petites et moyennes industries qui présentent un certain nombre d'avantages et qui peuvent jouer un rôle encore plus grand à condition qu'elles puissent surmonter les handicaps auxquels elles doivent, par leur nature, faire face.

Les avantages des PME

Le rôle des petites et moyennes industries est indiscutable, nous le constatons, mais à une condition, qui est la condition du succès dans toute activité moderne. Une condition qui est celle de la capacité d'adaptation aux changements qui se manifestent dans l'économie d'aujourd'hui, aux changements qui se manifestent aussi dans les habitudes et dans les comportements sociaux. La tâche du chef d'entreprise n'est plus aujourd'hui seulement une tâche économique, c'est une responsabilité qui est assumée, dans un domaine de l'économie, mais également à l'égard de tous ceux qui, dans une collectivité déterminée, apportent leur concours personnel au fonctionnement de l'entreprise.

Quels sont les avantages ? Quelles sont les qualités qui ont permis aux petites et moyennes industries de se maintenir, contrairement aux supputations que l'on avait pu faire, et de se développer?

Je retiendrai trois éléments qui me paraissent essentiels:

En premier lieu, la petite et moyenne industrie dispose d'une souplesse d'adaptation dont ne jouit pas la grande entreprise. La petite et moyenne industrie est en mesure de limiter le poids considérable des coûts fixes dans le total de ses coûts et, par conséquent, a la possibilité de disposer d'une marge de manoeuvre plus grande.

Par ailleurs, la petite et moyenne industrie est souvent une affaire individuelle ou une affaire de famille. Le chef d'entreprise dans la petite et moyenne industrie n'est pas le manager que l'on trouve dans la grande entreprise. Le chef d'entreprise est directement lié à l'entreprise qu'il a créée ou à l'entreprise qu'il dirige. Il y a un intérêt patrimonial, mais il y a aussi un intérêt lié à l'attachement qu'il porte à une affaire qu'il a construite. Si vous permettez cette image, il est attaché à son enfant. Ce qui peut poser un problème, car l'enfant va devenir adulte. Le chef d'entreprise va nécessairement vieillir. Comment va se faire la transition avec le successeur et comment va s'organiser la succession ? J'y viendrai tout à l'heure.

Le troisième élément qui me paraît très important pour expliquer le comportement de la petite et moyenne industrie, c'est le fait que très souvent cette entreprise cherche à réaliser son financement par des moyens propres, c'est-à-dire par autofinancement. C'est une entreprise qui certes a besoin de recourir au système bancaire et à des crédits à court, moyen et long terme, cela est évidemment la loi du monde moderne. Mais la petite et moyenne industrie, c'est le cas précisément en Allemagne fédérale, a la possibilité de dégager sur ses résultats les sommes qui sont nécessaires pour développer et moderniser ses structures. Elle peut se constituer une masse de manoeuvre avec laquelle elle fera face aux opportunités qui pourront se présenter au cours de son développement. C'est là un élément extrêmement important car c'est souvent la crise financière qui peut mettre en question l'avenir d'une moyenne industrie. C'est la crise de croissance qui est provoquée par les débouchés qui sont offerts. Mais l'insuffisance de moyens permettant de procéder aux investissements supplémentaires fait que, dans certains cas, la petite ou moyenne industrie doit se vendre à une entreprise plus puissante. Elle perd de ce fait ce qui était sa caractéristique, ce qui était son avantage essentiel.

Les difficultés des PME

Néanmoins, ces avantages ne doivent pas nous faire ignorer un certain nombre de difficultés auxquelles se heurte la petite et moyenne industrie. C'est d'abord la difficulté que certaines d'entre elles ont d'utiliser, d'incorporer les progrès de la technologie, de la recherche et du développement ainsi que de l'innovation qui sont indispensables pour faire face à la compétition moderne. C'est un problème que nous rencontrons dans les régions où se trouvent un nombre important de petites et moyennes industries. Il appartient aux institutions régionales de mettre en oeuvre des moyens permettant de stimuler l'ouverture de ces entreprises vers la technologie et l'innovation. Dans certaines régions d'Allemagne fédérale, des fonds ont été créés, alimentés à la fois par le budget du Land et par l'entreprise qui désire s'engager sur le plan de la technologie nouvelle. 1 DM de la part du budget du Land contre 1 DM versé par l'entreprise. Car il faut que l'entreprise contribue à cet effort. Il faut éviter le phénomène de la subvention pure et simple. C'est un moyen de catalyse, c'est un moyen qui permet de faciliter l'adaptation de ces entreprises aux nouvelles technologies et qui met le chef d'entreprise devant la nécessité de procéder à des investissements nouveaux de manière à changer dans une certaine mesure l'échelle de l'entreprise telle qu'elle existait jusque là.

Il y a un troisième problème, qui est celui de la formation des hommes et, notamment, de la formation de l'équipe dirigeante de l'entreprise dans un monde où les connaissances deviennent de plus en plus complexes et où il faut, au-delà de ce qui est le know-how traditionnel, une certaine maîtrise de la gestion et des techniques pour pouvoir conduire efficacement une entreprise. Le développement des organismes de formation qui existent à l'heure actuelle dans un grand nombre de pays et l'attention avec laquelle les chefs de petites et moyennes entreprises suivent leurs cycles ou leurs séminaires de formation représentent un moyen tout à fait efficace de surmonter le handicap qui pourrait exister dans ce secteur.

Par conséquent, on voit à la fois les avantages et les handicaps qui concernent la petite et moyenne industrie, mais on est conduit à rechercher les moyens par lesquels les handicaps peuvent être surmontés de manière à maximiser les avantages qui existent déjà. Mais, dans la recherche des moyens qui vont être mis en oeuvre pour couvrir les handicaps, la règle d'or doit être de ne rien faire qui puisse conduire l'entreprise à se sentir, d'une part, privée de la liberté de manoeuvre qui doit être celle du chef d'entreprise, d'autre part, avoir le sentiment que désormais elle peut s'en remettre à d'autres du soin de surmonter ses propres problèmes. C'est la raison pour laquelle la mise en oeuvre de politiques à l'égard des petites et moyennes industries ne doit pas consister en des politiques interventionnistes et dirigistes au sens que l'on donne d'habitude à ce terme, mais en des politiques tendant à fournir un encadrement et à donner des incitations permettant de faire face aux problèmes qui doivent être surmontés.

La Communauté européenne et les PME

Evidemment dans la Communauté, dont je voudrais maintenant vous dire un mot, des efforts spécifiques ont été entrepris non seulement dans les Etats membres, mais également au niveau communautaire pour tenir compte de ce rôle essentiel des petites et moyennes industries et pour leur apporter les moyens nécessaires à leur développement et à leur progrès. Depuis 1986, la Commission des Communautés européennes a mis en place un programme d'actions structurelles qui est précisé et adapté chaque année, et qui a pour but de fournir aux petites et moyennes entreprises de la Communauté un certain nombre d'indications, d'orientations ou de moyens qui leur permettent de faire face aux difficultés qu'elles peuvent rencontrer.

On parle beaucoup de la paperasserie de la Communauté européenne. Ne vous laissez pas impressionner par les arguments qui sont aujourd'hui développés ici ou là à ce sujet. La paperasserie communautaire est certainement beaucoup moins abondante que les paperasseries nationales. Avant de faire des critiques virulentes à la Commission, chaque Etat membre devrait regarder ce qui ce passe chez lui. En ce qui concerne les petites et moyennes entreprises, pour vous donner un exemple de l'attention que la Commission des Communautés européennes porte à leurs problèmes, depuis ces dernières années, toutes les directives, tous les projets de directives qui sont proposés par la Commission tiennent compte des tailles différentes des entreprises et établissent un traitement particulier pour les petites et moyennes industries. Celles-ci sont notamment dispensées d'un certain nombre de procédures auxquelles sont soumises les grandes industries. D'ailleurs, ce que l'on appelle la paperasserie, c'est en fait l'ensemble des directives par lesquelles on nettoie à l'intérieur de la Communauté tous les obstacles à la libre circulation des produits, des services, des hommes et des capitaux. N'oubliez pas que nous vivions dans la Communauté sur la base d'un protectionnisme intérieur qui était très élevé. Et même les pays qui se prétendaient les plus libéraux comme l'Allemagne fédérale ont un certain nombre de dispositions - inavouées ou avouées - qui sont des obstacles évidents à la concurrence.

La Commission a donc recherché, pour la mise en oeuvre du marché unique, quels sont les obstacles qu'il convenait de faire disparaître. Pour ce faire, il est indispensable de présenter un projet de directives qui va s'appliquer à tous les Etats membres. Or, ces directives ne peuvent entrer en application que si chaque Etat les fait ratifier par son parlement national. Néanmoins, tous les intérêts qui sont touchés par les projets de directives se mobilisent contre leur application. Cela vaut qu'il s'agisse des entreprises, qu'il s'agisse des professions libérales, qu'il s'agisse des institutions financières dans chaque Etat membre: chaque catégorie essaye de sauvegarder le régime qui lui était favorable et cela entraîne un certain nombre de réactions et de critiques qui ont moins à voir avec l'esprit bureaucratique de la Commission qu'avec l'esprit protectionniste de ceux qui se trouvent brusquement exposés à la menace de la libre concurrence.

L'action communautaire est également intéressante par un certain nombre de mesures directes qui ont été mises en place. D'abord une action d'information et je me permets de vous le dire au moment où vous entrez dans l'Espace économique européen, combien trop de chefs d'entreprises, de moyennes et petites entreprises, ignorent ce qui se passe au niveau de la Communauté ou demain au niveau de l'Espace économique européen. Déjà dans la Communauté à 12, nous avions été conduits à développer une politique d'information en créant des Euro-Information-Center (EIC), que l'on a appelé ensuite des points info, qui sont des guichets où les entreprises peuvent se renseigner facilement sur les dispositions qui sont prises au niveau de la Communauté et qui les concernent directement. La Communauté a pris également un certain nombre de mesures pour favoriser la coopération entre les petites et moyennes entreprises. C'est ainsi qu'a été créé un Bureau de Rapprochement des Entreprises (BRE) pour permettre aux entreprises appartenant aux divers pays de la Communauté de connaître quelles sont les opportunités qui se présentent, soit de travail en commun, soit d'accords et d'approfondissement de leurs relations. De même a été mis en place ce que l'on appelle le Business Coorporation Network (BC-Net), le réseau des entreprises de la Communauté, réseau qui permet aux diverses entreprises de s'informer dans diverses branches de ce qui intéresse directement la branche à laquelle elles appartiennent. Enfin, il y a des opérations-pilotes d'Euro-partenariat. Les mécanismes mis en oeuvre par la Communauté permettent à des petites et moyennes industries de se transformer ou de conclure des accords de partenariat dans un certain nombre de domaines et de travailler ensemble sur le marché communautaire. Enfin, je pourrai évoquer les programmes de recherches et de technologies qui sont mis à la disposition des entreprises de la Communauté et surtout des petites et moyennes entreprises: je pense au programme Bright, au programme Esprit, au programme Reiss, au programme Eureka, je n'entre pas dans les détails, mais ces programmes sont souvent ouverts à des pays qui ne sont pas membres de la Communauté, à des entreprises qui passent des accords avec des entreprises non communautaires ou qui passent des accords avec des entreprises de la Communauté. Et nous voyons ainsi s'esquisser un grand espace technologique qui va au-delà de ce qui était naguère le Marché commun et qui va être, à mon avis, l'Espace économique européen dont les relations commerciales viennent d'être définies par l'accord récent.

Enfin, sur le plan strictement financier, la Banque européenne d'investissements accorde des crédits spécifiques aux petites et moyennes industries. Elle a mis en place une société européenne d'ingénierie financière qui apporte aux petites et moyennes industries les conseils et les avis qui leur sont nécessaires pour résoudre leurs problèmes de finances. La Communauté a pris conscience de ce problème des petites et moyennes industries, en plein accord évidemment avec les Etats membres. Si à cela s'ajoutent les mesures spécifiques qui sont prises en faveur des petites et moyennes industries dans chaque Etat membre et dans chaque région au sein des Etats membres, on a la preuve de la reconnaissance du rôle majeur que ces petites et moyennes industries jouent dans l'activité économique de nos pays. Car ces entreprises sont essentielles pour nos régions. Elles sont essentielles en premier lieu parce qu'elles produisent et qu'elles contribuent à la distribution des revenus au sein de la région. En second lieu, parce que de nombreuses entreprises exportent et se montrent de plus en plus intéressées par les marchés extérieurs. Elles le font non seulement sur des marchés de la Communauté qui ne sont pas le marché national, mais elles le font aussi sur des marchés extracommunautaires. Ces entreprises, dans l'Europe où nous vivons, jouent un rôle essentiel dans la création d'emplois, car on ne crée pas des emplois autrement que par l'activité d'entreprise. Et on voit aujourd'hui beaucoup de jeunes se porter vers la création d'entreprise non seulement parce que la création d'entreprise est une création d'activités pour eux-mêmes ou pour une équipe qui décide de créer l'entreprise, mais aussi parce que cette entreprise, en se développant, peut être à l'origine de la création d'emplois. L'exemple des Etats-Unis a impressionné les Européens. Une enquête faite aux Etats-Unis en 1979 montrait que 87% des créations d'emplois étaient faits par des entreprises qui occupent moins de 500 salariés. Dans la région Rhône Alpes, nous avons pu, pendant ces dernières années de crise, avoir un taux de chômage inférieur à la moyenne nationale parce que nous disposions de ce réseau très dense de petites et moyennes industries.

Les PME et la grande industrie

Enfin, je voudrais mettre en relief un point très important. Les petites et moyennes industries développent des relations avec les grandes industries. Ces relations sont des relations de coopération, des relations de sous-traitance, des relations de partenariat. Et ce qui caractérise le monde moderne, c'est le système des réseaux. Si vous étudiez aujourd'hui un certain nombre de structures nationales ou régionales, et peut-être demain ce sera le cas pour les structures au niveau de la Communauté tout entière, vous constatez une constellation de petites et moyennes entreprises qui sont reliées à quelques grandes entreprises qui leur apportent des commandes, les aident à exporter, leur offrent des moyens financiers lorsqu'il est nécessaire que ces entreprises se développent. Nous avons ainsi une sorte de développement en réseau qui permet d'associer le phénomène de la grande entreprise opérant sur le marché mondial et le phénomène de ces petites et moyennes entreprises qui sont pleins de dynamisme, de créativité et de productivité. Voilà pourquoi je crois que loin d'avoir des inquiétudes sur le rôle des petites et moyennes entreprises dans l'évolution économique, nous devons être conscients qu'il y a là une structure qui n'a pas fini d'apporter tous ses éléments positifs au fonctionnement de notre économie.

Conclusion

Je ne conclurai pas cet exposé en vous disant "small is beautiful". Il y a eu, voici quelques années, lorsque l'on a redécouvert la petite et moyenne entreprise, une tendance à dire "small is beautiful". Certes, il faut adapter la taille de l'entreprise au secteur dans lequel elle évolue, à l'importance du marché sur lequel opère l'entreprise, et l'adapter à son destin national, européen ou mondial. Cela est exact. Mais, dans ce processus d'adaptation, il y a toute une série d'avantages spécifiques qui doivent être sauvegardés et encouragés ainsi qu'un certain nombre de handicaps qui peuvent être corrigés. Et s'il fallait résumer l'action que je crois utile en faveur de ces petites et moyennes entreprises, car il faut qu'il y ait une action à leur égard, j'utiliserais les trois termes suivants:

D'abord informer. Nous sommes dans un monde où l'information est capitale et où le rendement de l'information est certainement un rendement croissant.

En second lieu simplifier. La petite et moyenne industrie n'a pas besoin d'être enserrée dans un réseau de réglementations, de contrôles, de comptes-rendus plus ou moins statistiques qui lui demandent à la fois du temps et de l'argent. Simplifier de telle sorte que l'action de l'entreprise, et le chef d'entreprise, puissent se concentrer tout entiers sur l'activité économique et sur la compétition.

Et en troisième lieu accompagner. Accompagner sur le plan technologique, sur le plan financier, sur le plan des réseaux internationaux, l'action de ces petites et moyennes entreprises. C'est ainsi que nous parviendrons, je crois, à donner à nos tissus industriels, à nos structures régionales et nationales la densité et l'efficacité qui seront une source de progrès, une source d'emploi et une source de prospérité pour nos pays et pour notre continent.

 
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