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M. Raymond Barre à Fribourg
"La place des petites et
moyennes entreprises dans l'Europe des régions"
Un pas vers l'Europe!
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,
Je voudrais saluer toutes les personnalités
qui sont présentes ce soir et vous dire combien je me réjouis de
retrouver Fribourg et son Université, et combien je suis heureux,
une fois de plus, de me retrouver dans ce pays, dans cette Suisse
avec laquelle la France entretient depuis si longtemps d'étroites
relations, et dans ce canton avec lequel la région Rhône-Alpes,
dont je suis un des élus, maintient une relation et une coopération
très efficaces.
L'Europe des régions
Vous m'avez demandé de parler des
petites et moyennes industries dans l'Europe des régions. Je voudrais
faire une remarque préliminaire et vous dire que je n'aime pas personnellement
l'expression "l'Europe des régions". Non point parce que
je nie le phénomène régional, loin de là, mais parce qu'il y a aujourd'hui
dans un certain nombre de pays, qui font partie de la Communauté
européenne, une tendance selon laquelle il serait souhaitable à
l'avenir de maintenir des relations directes entre les régions et
les centres institutionnels de décisions de la Communauté comme
si les gouvernements n'existaient pas, comme si les nations ne comptaient
pas. J'entends dire souvent que dans le monde de demain il y aura,
en Europe, l'échelon communautaire, disons l'échelon bruxellois,
et l'échelon de décision au niveau des régions. Je ne partage pas
cette opinion parce que je crois d'abord que cela ne se produira
pas, et parce qu'ensuite, je considère que cela serait contraire
à l'intérêt de cette Communauté et de cette Union européenne que
nous sommes en train de construire. Cela ne se fera pas pour une
raison très simple: c'est que nous ne construisons pas la Communauté,
ni l'Union européenne, à partir d'une table rase. Notre Communauté
n'est pas comparable à cette entreprise qu'a été la constitution
des Etats-Unis d'Amérique. Ces derniers se sont progressivement
développés par extension vers une frontière qui s'est sans cesse
déplacée jusqu'au moment où le Pacifique a été atteint; mais, bien
que le terrain fût plutôt vide, chacun sait ce qu'il fallait affronter
comme périls pour atteindre l'extrémité du territoire que l'on souhaitait
mettre en valeur. Nous construisons l'Europe à partir de vieilles
nations. Nous construisons une Communauté qui est une communauté
de nations et d'Etats. Nous ne ferons pas disparaître, par incantations
ou par un coup de baguette magique, les traditions qui se sont forgées
et qui se sont enracinées dans l'histoire de chacun de nos pays
et dans l'histoire de chacun des pays qui souhaiterait demain se
joindre à nous.
Voilà pourquoi je pense que nous
devons insister sur le fait que la Communauté et l'Union européenne
que nous voulons construire ne doivent pas apparaître comme des
facteurs de désintégration des ensembles nationaux existants, mais
comme des facteurs qui jouent dans le sens de l'affermissement et
de l'expansion de ces ensembles, dont chacun maintient son identité
et où la totalité de la communauté de l'Union bénéficie des différences
qui en constituent la richesse. Cela ne veut pas dire que je voudrais,
devant vous, nier le phénomène de régionalisation et le phénomène
de décentralisation auxquels nous assistons aujourd'hui dans un
grand nombre de pays européens qui ont été dans le passé, du fait
de leur histoire, des Etats centralisés ayant construit l'identité
nationale autour d'un pouvoir central tout puissant. C'est le cas
de mon pays en particulier. Je considère comme extrêmement profitable
l'évolution actuelle qui tend à favoriser l'émergence de régions
capables d'assumer leur destin, évolution qui entraîne une décentralisation
des décisions et qui confie aux individus le soin de prendre les
initiatives et d'exercer les responsabilités qu'ils souhaitent.
Comme Français, j'en porte le témoignage. La décentralisation mise
en oeuvre depuis la 5ème République, soit depuis 1967, et qui a
été successivement étendue jusqu'aux lois finales de décentralisation
en 1982-1983, a été hautement bénéfique non seulement à la vie économique,
mais également à la vie culturelle des régions françaises. Il en
est de même en Italie et en Espagne. L'Allemagne fédérale avait
déjà montré, avec ses Länder, quelle était l'importance de ce phénomène
de décentralisation. En ce sens, la Suisse avait été un exemple.
Dans cet ensemble économique et politique
que constitue l'Union européenne, il est indispensable que les relations
s'établissent entre les régions. Là aussi, je ne voudrais pas que
vous interprétiez mes propos comme étant le refus de tenir compte
des liaisons spécifiques qui peuvent s'établir entre régions voisines
ou entre régions ayant des structures analogues, ou entre régions
pouvant avoir, dans tel ou tel domaine, un intérêt à travailler
ensemble. Dans la région Rhône-Alpes, j'ai contribué au développement
de ses relations non seulement avec la république et canton de Genève
et la Suisse romande voisine, mais j'ai été de ceux qui ont vivement
recommandé le resserrement des liens entre la région Rhône-Alpes
et la Catalogne. Pour une raison bien simple, c'est que le tissu
économique de la Catalogne et le tissu économique de Rhône-Alpes,
constitués par un grand nombre de moyennes entreprises extrêmement
dynamiques, sont similaires et que des relations entre les entreprises
de ces régions peuvent être particulièrement fructueuses. C'est
également la raison pour laquelle des relations se sont établies
entre la région Rhône-Alpes et une région beaucoup plus lointaine,
le Bade-Wurtemberg, qui présentait l'originalité d'avoir réalisé
une industrialisation moderne dans une région qui avait été jusque-là
dominée par des activités agricoles.
Voilà donc quelques précisions que
je voulais vous présenter. Je crois que j'ai été incité à le faire
parce que juste avant de venir vous parler, un journaliste m'a dit:
"Ne pensez-vous pas que la Communauté va conduire à une désintégration
de la Suisse ?". Ma réponse est tout à fait différente. Je
crois que loin de conduire à une désintégration, la constitution
de l'Union européenne peut aboutir à une expérience à la fois originale
et féconde: celle du développement, entre régions appartenant à
des ensembles nationaux qui participent à l'Union européenne, de
relations nouvelles et intenses qui viennent en quelque sorte s'ajouter
aux relations globales qui existaient déjà au niveau national.
Les PME au sein de l'Europe
Cela me conduit à aborder maintenant
le problème des petites et moyennes entreprises et industries au
sein de l'Europe, que j'utilise cette fois dans une acception plus
large que le sens d'une organisation politique. J'ai toujours considéré
que la Communauté n'était pas l'Europe. La Communauté est une organisation
européenne parmi d'autres. Elle groupe un certain nombre de pays
européens, d'autres pays européens n'en font pas partie. Ce n'est
pas parce qu'ils ne sont pas membres de la Communauté ou du Marché
Commun qu'ils ne sont pas des pays européens.
Les PME face à la globalisation
des marchés
Dans les pays européens, nous assistons
aujourd'hui à la présence dans les structures économiques d'un grand
nombre de moyennes et même de petites entreprises qui apparaissent
très dynamiques et très vivaces. Il semblerait que ce fait pourrait
être considéré comme contradictoire avec les tendances qui caractérisent
l'économie moderne, c'est-à-dire les tendances à la globalisation,
à la globalisation du marché, à la globalisation de l'activité à
un niveau qui dépasse les espaces nationaux et même les espaces
continentaux. Et par ailleurs, il est un phénomène lié à la constitution
de ces grands espaces: il s'agit de l'agrandissement de la dimension,
de la taille des unités économiques. Il y a encore une vingtaine
d'années, dans de nombreux pays européens, l'idée la plus répandue
était que les entreprises devaient s'agréger ou fusionner. De grandes
unités de production, de distribution, de crédits devaient se constituer
pour faire face à la compétition internationale. Cela est vrai dans
certains domaines. On ne peut pas ne pas tenir compte des avantages
qu'apporte une échelle mieux adaptée au degré de concurrence qui
existe dans le secteur dans lequel opère l'unité de production.
Un grand nombre de fusions, un grand nombre d'accords d'entreprises
s'expliquent par cette nécessité de faire face à la concurrence.
Encore que l'accroissement de dimension ne soit pas automatiquement
la garantie d'un accroissement de productivité et d'un accroissement
de compétitivité. Vous le savez, vous qui êtes engagés dans la vie
des affaires, combien les fusions et les ententes ou les accords
entre les entreprises demandent un très grand soin dans leur réalisation
en vue d'éviter les déperditions de force qui peuvent se manifester
à cette occasion.
Nous avons cependant rapidement observé
que si la taille était un avantage dans un certain nombre de secteurs,
cela ne signifiait pas que l'entreprise moyenne ou petite fût appelée
à disparaître. Bien au contraire, on a assisté à une sorte de reviviscence
de la petite et de la moyenne entreprise favorisée par le développement
d'un certain nombre de techniques modernes qui accroissent l'efficacité
de l'entreprise et facilitent les conditions de gestion par le chef
d'entreprise. Nous sommes donc aujourd'hui en Europe beaucoup plus
conscients du fait que nos structures industrielles et, en particulier,
au-delà des structures nationales, des structures régionales dépendent
pour une large part de ces petites et moyennes industries qui présentent
un certain nombre d'avantages et qui peuvent jouer un rôle encore
plus grand à condition qu'elles puissent surmonter les handicaps
auxquels elles doivent, par leur nature, faire face.
Les avantages des PME
Le rôle des petites et moyennes industries
est indiscutable, nous le constatons, mais à une condition, qui
est la condition du succès dans toute activité moderne. Une condition
qui est celle de la capacité d'adaptation aux changements qui se
manifestent dans l'économie d'aujourd'hui, aux changements qui se
manifestent aussi dans les habitudes et dans les comportements sociaux.
La tâche du chef d'entreprise n'est plus aujourd'hui seulement une
tâche économique, c'est une responsabilité qui est assumée, dans
un domaine de l'économie, mais également à l'égard de tous ceux
qui, dans une collectivité déterminée, apportent leur concours personnel
au fonctionnement de l'entreprise.
Quels sont les avantages ? Quelles
sont les qualités qui ont permis aux petites et moyennes industries
de se maintenir, contrairement aux supputations que l'on avait pu
faire, et de se développer?
Je retiendrai trois éléments qui
me paraissent essentiels:
En premier lieu, la petite et moyenne
industrie dispose d'une souplesse d'adaptation dont ne jouit pas
la grande entreprise. La petite et moyenne industrie est en mesure
de limiter le poids considérable des coûts fixes dans le total de
ses coûts et, par conséquent, a la possibilité de disposer d'une
marge de manoeuvre plus grande.
Par ailleurs, la petite et moyenne
industrie est souvent une affaire individuelle ou une affaire de
famille. Le chef d'entreprise dans la petite et moyenne industrie
n'est pas le manager que l'on trouve dans la grande entreprise.
Le chef d'entreprise est directement lié à l'entreprise qu'il a
créée ou à l'entreprise qu'il dirige. Il y a un intérêt patrimonial,
mais il y a aussi un intérêt lié à l'attachement qu'il porte à une
affaire qu'il a construite. Si vous permettez cette image, il est
attaché à son enfant. Ce qui peut poser un problème, car l'enfant
va devenir adulte. Le chef d'entreprise va nécessairement vieillir.
Comment va se faire la transition avec le successeur et comment
va s'organiser la succession ? J'y viendrai tout à l'heure.
Le troisième élément qui me paraît
très important pour expliquer le comportement de la petite et moyenne
industrie, c'est le fait que très souvent cette entreprise cherche
à réaliser son financement par des moyens propres, c'est-à-dire
par autofinancement. C'est une entreprise qui certes a besoin de
recourir au système bancaire et à des crédits à court, moyen et
long terme, cela est évidemment la loi du monde moderne. Mais la
petite et moyenne industrie, c'est le cas précisément en Allemagne
fédérale, a la possibilité de dégager sur ses résultats les sommes
qui sont nécessaires pour développer et moderniser ses structures.
Elle peut se constituer une masse de manoeuvre avec laquelle elle
fera face aux opportunités qui pourront se présenter au cours de
son développement. C'est là un élément extrêmement important car
c'est souvent la crise financière qui peut mettre en question l'avenir
d'une moyenne industrie. C'est la crise de croissance qui est provoquée
par les débouchés qui sont offerts. Mais l'insuffisance de moyens
permettant de procéder aux investissements supplémentaires fait
que, dans certains cas, la petite ou moyenne industrie doit se vendre
à une entreprise plus puissante. Elle perd de ce fait ce qui était
sa caractéristique, ce qui était son avantage essentiel.
Les difficultés des PME
Néanmoins, ces avantages ne doivent
pas nous faire ignorer un certain nombre de difficultés auxquelles
se heurte la petite et moyenne industrie. C'est d'abord la difficulté
que certaines d'entre elles ont d'utiliser, d'incorporer les progrès
de la technologie, de la recherche et du développement ainsi que
de l'innovation qui sont indispensables pour faire face à la compétition
moderne. C'est un problème que nous rencontrons dans les régions
où se trouvent un nombre important de petites et moyennes industries.
Il appartient aux institutions régionales de mettre en oeuvre des
moyens permettant de stimuler l'ouverture de ces entreprises vers
la technologie et l'innovation. Dans certaines régions d'Allemagne
fédérale, des fonds ont été créés, alimentés à la fois par le budget
du Land et par l'entreprise qui désire s'engager sur le plan de
la technologie nouvelle. 1 DM de la part du budget du Land contre
1 DM versé par l'entreprise. Car il faut que l'entreprise contribue
à cet effort. Il faut éviter le phénomène de la subvention pure
et simple. C'est un moyen de catalyse, c'est un moyen qui permet
de faciliter l'adaptation de ces entreprises aux nouvelles technologies
et qui met le chef d'entreprise devant la nécessité de procéder
à des investissements nouveaux de manière à changer dans une certaine
mesure l'échelle de l'entreprise telle qu'elle existait jusque là.
Il y a un troisième problème, qui
est celui de la formation des hommes et, notamment, de la formation
de l'équipe dirigeante de l'entreprise dans un monde où les connaissances
deviennent de plus en plus complexes et où il faut, au-delà de ce
qui est le know-how traditionnel, une certaine maîtrise de la gestion
et des techniques pour pouvoir conduire efficacement une entreprise.
Le développement des organismes de formation qui existent à l'heure
actuelle dans un grand nombre de pays et l'attention avec laquelle
les chefs de petites et moyennes entreprises suivent leurs cycles
ou leurs séminaires de formation représentent un moyen tout à fait
efficace de surmonter le handicap qui pourrait exister dans ce secteur.
Par conséquent, on voit à la fois
les avantages et les handicaps qui concernent la petite et moyenne
industrie, mais on est conduit à rechercher les moyens par lesquels
les handicaps peuvent être surmontés de manière à maximiser les
avantages qui existent déjà. Mais, dans la recherche des moyens
qui vont être mis en oeuvre pour couvrir les handicaps, la règle
d'or doit être de ne rien faire qui puisse conduire l'entreprise
à se sentir, d'une part, privée de la liberté de manoeuvre qui doit
être celle du chef d'entreprise, d'autre part, avoir le sentiment
que désormais elle peut s'en remettre à d'autres du soin de surmonter
ses propres problèmes. C'est la raison pour laquelle la mise en
oeuvre de politiques à l'égard des petites et moyennes industries
ne doit pas consister en des politiques interventionnistes et dirigistes
au sens que l'on donne d'habitude à ce terme, mais en des politiques
tendant à fournir un encadrement et à donner des incitations permettant
de faire face aux problèmes qui doivent être surmontés.
La Communauté européenne et les
PME
Evidemment dans la Communauté, dont
je voudrais maintenant vous dire un mot, des efforts spécifiques
ont été entrepris non seulement dans les Etats membres, mais également
au niveau communautaire pour tenir compte de ce rôle essentiel des
petites et moyennes industries et pour leur apporter les moyens
nécessaires à leur développement et à leur progrès. Depuis 1986,
la Commission des Communautés européennes a mis en place un programme
d'actions structurelles qui est précisé et adapté chaque année,
et qui a pour but de fournir aux petites et moyennes entreprises
de la Communauté un certain nombre d'indications, d'orientations
ou de moyens qui leur permettent de faire face aux difficultés qu'elles
peuvent rencontrer.
On parle beaucoup de la paperasserie
de la Communauté européenne. Ne vous laissez pas impressionner par
les arguments qui sont aujourd'hui développés ici ou là à ce sujet.
La paperasserie communautaire est certainement beaucoup moins abondante
que les paperasseries nationales. Avant de faire des critiques virulentes
à la Commission, chaque Etat membre devrait regarder ce qui ce passe
chez lui. En ce qui concerne les petites et moyennes entreprises,
pour vous donner un exemple de l'attention que la Commission des
Communautés européennes porte à leurs problèmes, depuis ces dernières
années, toutes les directives, tous les projets de directives qui
sont proposés par la Commission tiennent compte des tailles différentes
des entreprises et établissent un traitement particulier pour les
petites et moyennes industries. Celles-ci sont notamment dispensées
d'un certain nombre de procédures auxquelles sont soumises les grandes
industries. D'ailleurs, ce que l'on appelle la paperasserie, c'est
en fait l'ensemble des directives par lesquelles on nettoie à l'intérieur
de la Communauté tous les obstacles à la libre circulation des produits,
des services, des hommes et des capitaux. N'oubliez pas que nous
vivions dans la Communauté sur la base d'un protectionnisme intérieur
qui était très élevé. Et même les pays qui se prétendaient les plus
libéraux comme l'Allemagne fédérale ont un certain nombre de dispositions
- inavouées ou avouées - qui sont des obstacles évidents à la concurrence.
La Commission a donc recherché, pour
la mise en oeuvre du marché unique, quels sont les obstacles qu'il
convenait de faire disparaître. Pour ce faire, il est indispensable
de présenter un projet de directives qui va s'appliquer à tous les
Etats membres. Or, ces directives ne peuvent entrer en application
que si chaque Etat les fait ratifier par son parlement national.
Néanmoins, tous les intérêts qui sont touchés par les projets de
directives se mobilisent contre leur application. Cela vaut qu'il
s'agisse des entreprises, qu'il s'agisse des professions libérales,
qu'il s'agisse des institutions financières dans chaque Etat membre:
chaque catégorie essaye de sauvegarder le régime qui lui était favorable
et cela entraîne un certain nombre de réactions et de critiques
qui ont moins à voir avec l'esprit bureaucratique de la Commission
qu'avec l'esprit protectionniste de ceux qui se trouvent brusquement
exposés à la menace de la libre concurrence.
L'action communautaire est également
intéressante par un certain nombre de mesures directes qui ont été
mises en place. D'abord une action d'information et je me permets
de vous le dire au moment où vous entrez dans l'Espace économique
européen, combien trop de chefs d'entreprises, de moyennes et petites
entreprises, ignorent ce qui se passe au niveau de la Communauté
ou demain au niveau de l'Espace économique européen. Déjà dans la
Communauté à 12, nous avions été conduits à développer une politique
d'information en créant des Euro-Information-Center (EIC), que l'on
a appelé ensuite des points info, qui sont des guichets où les entreprises
peuvent se renseigner facilement sur les dispositions qui sont prises
au niveau de la Communauté et qui les concernent directement. La
Communauté a pris également un certain nombre de mesures pour favoriser
la coopération entre les petites et moyennes entreprises. C'est
ainsi qu'a été créé un Bureau de Rapprochement des Entreprises (BRE)
pour permettre aux entreprises appartenant aux divers pays de la
Communauté de connaître quelles sont les opportunités qui se présentent,
soit de travail en commun, soit d'accords et d'approfondissement
de leurs relations. De même a été mis en place ce que l'on appelle
le Business Coorporation Network (BC-Net), le réseau des entreprises
de la Communauté, réseau qui permet aux diverses entreprises de
s'informer dans diverses branches de ce qui intéresse directement
la branche à laquelle elles appartiennent. Enfin, il y a des opérations-pilotes
d'Euro-partenariat. Les mécanismes mis en oeuvre par la Communauté
permettent à des petites et moyennes industries de se transformer
ou de conclure des accords de partenariat dans un certain nombre
de domaines et de travailler ensemble sur le marché communautaire.
Enfin, je pourrai évoquer les programmes de recherches et de technologies
qui sont mis à la disposition des entreprises de la Communauté et
surtout des petites et moyennes entreprises: je pense au programme
Bright, au programme Esprit, au programme Reiss, au programme Eureka,
je n'entre pas dans les détails, mais ces programmes sont souvent
ouverts à des pays qui ne sont pas membres de la Communauté, à des
entreprises qui passent des accords avec des entreprises non communautaires
ou qui passent des accords avec des entreprises de la Communauté.
Et nous voyons ainsi s'esquisser un grand espace technologique qui
va au-delà de ce qui était naguère le Marché commun et qui va être,
à mon avis, l'Espace économique européen dont les relations commerciales
viennent d'être définies par l'accord récent.
Enfin, sur le plan strictement financier,
la Banque européenne d'investissements accorde des crédits spécifiques
aux petites et moyennes industries. Elle a mis en place une société
européenne d'ingénierie financière qui apporte aux petites et moyennes
industries les conseils et les avis qui leur sont nécessaires pour
résoudre leurs problèmes de finances. La Communauté a pris conscience
de ce problème des petites et moyennes industries, en plein accord
évidemment avec les Etats membres. Si à cela s'ajoutent les mesures
spécifiques qui sont prises en faveur des petites et moyennes industries
dans chaque Etat membre et dans chaque région au sein des Etats
membres, on a la preuve de la reconnaissance du rôle majeur que
ces petites et moyennes industries jouent dans l'activité économique
de nos pays. Car ces entreprises sont essentielles pour nos régions.
Elles sont essentielles en premier lieu parce qu'elles produisent
et qu'elles contribuent à la distribution des revenus au sein de
la région. En second lieu, parce que de nombreuses entreprises exportent
et se montrent de plus en plus intéressées par les marchés extérieurs.
Elles le font non seulement sur des marchés de la Communauté qui
ne sont pas le marché national, mais elles le font aussi sur des
marchés extracommunautaires. Ces entreprises, dans l'Europe où nous
vivons, jouent un rôle essentiel dans la création d'emplois, car
on ne crée pas des emplois autrement que par l'activité d'entreprise.
Et on voit aujourd'hui beaucoup de jeunes se porter vers la création
d'entreprise non seulement parce que la création d'entreprise est
une création d'activités pour eux-mêmes ou pour une équipe qui décide
de créer l'entreprise, mais aussi parce que cette entreprise, en
se développant, peut être à l'origine de la création d'emplois.
L'exemple des Etats-Unis a impressionné les Européens. Une enquête
faite aux Etats-Unis en 1979 montrait que 87% des créations d'emplois
étaient faits par des entreprises qui occupent moins de 500 salariés.
Dans la région Rhône Alpes, nous avons pu, pendant ces dernières
années de crise, avoir un taux de chômage inférieur à la moyenne
nationale parce que nous disposions de ce réseau très dense de petites
et moyennes industries.
Les PME et la grande industrie
Enfin, je voudrais mettre en relief
un point très important. Les petites et moyennes industries développent
des relations avec les grandes industries. Ces relations sont des
relations de coopération, des relations de sous-traitance, des relations
de partenariat. Et ce qui caractérise le monde moderne, c'est le
système des réseaux. Si vous étudiez aujourd'hui un certain nombre
de structures nationales ou régionales, et peut-être demain ce sera
le cas pour les structures au niveau de la Communauté tout entière,
vous constatez une constellation de petites et moyennes entreprises
qui sont reliées à quelques grandes entreprises qui leur apportent
des commandes, les aident à exporter, leur offrent des moyens financiers
lorsqu'il est nécessaire que ces entreprises se développent. Nous
avons ainsi une sorte de développement en réseau qui permet d'associer
le phénomène de la grande entreprise opérant sur le marché mondial
et le phénomène de ces petites et moyennes entreprises qui sont
pleins de dynamisme, de créativité et de productivité. Voilà pourquoi
je crois que loin d'avoir des inquiétudes sur le rôle des petites
et moyennes entreprises dans l'évolution économique, nous devons
être conscients qu'il y a là une structure qui n'a pas fini d'apporter
tous ses éléments positifs au fonctionnement de notre économie.
Conclusion
Je ne conclurai pas cet exposé en
vous disant "small is beautiful". Il y a eu, voici quelques
années, lorsque l'on a redécouvert la petite et moyenne entreprise,
une tendance à dire "small is beautiful". Certes, il faut
adapter la taille de l'entreprise au secteur dans lequel elle évolue,
à l'importance du marché sur lequel opère l'entreprise, et l'adapter
à son destin national, européen ou mondial. Cela est exact. Mais,
dans ce processus d'adaptation, il y a toute une série d'avantages
spécifiques qui doivent être sauvegardés et encouragés ainsi qu'un
certain nombre de handicaps qui peuvent être corrigés. Et s'il fallait
résumer l'action que je crois utile en faveur de ces petites et
moyennes entreprises, car il faut qu'il y ait une action à leur
égard, j'utiliserais les trois termes suivants:
D'abord informer. Nous sommes dans
un monde où l'information est capitale et où le rendement de l'information
est certainement un rendement croissant.
En second lieu simplifier. La petite
et moyenne industrie n'a pas besoin d'être enserrée dans un réseau
de réglementations, de contrôles, de comptes-rendus plus ou moins
statistiques qui lui demandent à la fois du temps et de l'argent.
Simplifier de telle sorte que l'action de l'entreprise, et le chef
d'entreprise, puissent se concentrer tout entiers sur l'activité
économique et sur la compétition.
Et en troisième lieu accompagner.
Accompagner sur le plan technologique, sur le plan financier, sur
le plan des réseaux internationaux, l'action de ces petites et moyennes
entreprises. C'est ainsi que nous parviendrons, je crois, à donner
à nos tissus industriels, à nos structures régionales et nationales
la densité et l'efficacité qui seront une source de progrès, une
source d'emploi et une source de prospérité pour nos pays et pour
notre continent.
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