|
Les profils seniors ont la cote auprès des jeunes créateurs
Start-up recherchent managers expérimentés
Il ne suffit plus
d'être jeune et d'avoir des idées brillantes pour séduire. Après l'euphorie, la
Net-économie entre dans une phase de relative maturité : le marché se
restructure, la recherche du profit titille à nouveau les investisseurs dégrisés
par des chutes retentissantes. Résultat : les profils expérimentés issus de
l'économie traditionnelle ont la cote. « On assiste à un mouvement de balancier.
Les gens sont partis très confiants dans de jeunes équipes qui éblouissaient par
leur talent entrepreneurial. Aujourd'hui on en revient. Il n'y a pas de miracle,
pour réussir l'expérience compte », note Joëlle Dujour, directrice du cabinet de
recrutement Alpha CDI.
Les premières demandes sont venues des financiers,
business angels, capital-risqueurs et, aujourd'hui encore, ce sont eux qui
mandatent le plus fréquemment les spécialistes du recrutement. La recherche de
managers expérimentés est souvent l'une des conditions émises par les
investisseurs pour s'engager. « Il n'est pas rare que des capital-risqueurs nous
demandent d'effectuer un audit de l'équipe de lancement pour faire le point sur
ses compétences et ses éventuelles lacunes », remarque Jean-Pierre Leguay,
managing partner chez H. Neumann International.
La recherche des meilleurs
profils porte sur un savoir-faire, des compétences, une connaissance déjà
éprouvés, autant que possible dans des grands groupes ou des filiales, complétés
par une expérience à l'étranger incontournable pour rejoindre des start-up qui
visent par définition l'international. L'expérience managériale, la parfaite
maîtrise des procédures acquises dans des organisations reconnues garantissent
une rigueur et une efficacité qui rassurent les investisseurs et apportent une
crédibilité aux jeunes pousses.
« A partir de 40-45 ans, on relève certaines
constantes, note Jean-Pierre Leguay. Une grande partie des seniors tentés par
l'expérience proviennent des fonctions de gestion ou de finance. Ils ont déjà
monté des prévisions, ils ont vécu des introductions en Bourse, réalisé des
tours de table et ont envie d'aller plus loin. » De même, dès que la start-up
prend du poids, les problèmes de recrutement, de formation, de communication
interne amènent à rechercher des spécialistes des ressources humaines ayant plus
de maturité et certains DRH sautent le pas.
Ce qui les attire, ce qui les
pousse à quitter une carrière bien tracée ? Le challenge, l'envie de se lancer
dans une nouvelle aventure, le désir d'évaluer leurs capacités à rejoindre le
créneau des nouvelles technologies. Ils connaissent les incertitudes du secteur
mais la recherche d'une plus grande autonomie, la perspective de développements
rapides, dans des sociétés très réactives où les idées vont vite, les font
toujours rêver.
Le mythe des premières réussites et les perspectives
financières qu'elles laissent entrevoir sont loin d'avoir disparu. « Il est
évident que s'il n'y avait plus de possibilités financières très importantes, le
niveau de motivation baisserait rapidement », souligne Jean-Pierre
Leguay.
Mais pas question de se lancer les yeux fermés. Le désir de réussite
a intensifié les réflexes de prudence. « Les gens ne veulent pas rater une
occasion, mais ils ne veulent pas non plus lâcher la proie pour l'ombre »,
résume Joëlle Dujour. Avant de s'engager, ils évaluent les fondateurs, le projet
et le business model, mais veulent aussi rencontrer les financiers ou des
représentants présents au tour de table, pour apprécier la stratégie globale du
projet (le dirigeant n'a pas forcément tout dit), connaître les intentions
d'investisseurs et les limites qu'ils se sont fixées.
De même, leurs
exigences ne se concentrent plus sur les stock-options. Ils préfèrent négocier
un golden parachute ou, a contrario, investir financièrement dans le capital de
la société. Un pari risqué mais qui leur donne plus de poids dans les prises de
décisions.
Reste un facteur pas toujours pris en compte par les managers,
l'adaptation. Le rythme de travail et le degré de réactivité peuvent les
déstabiliser, la coexistence des générations et des styles de vie se révéler
explosive, la gestion de l'entreprise être conflictuelle. La complémentarité a
priori séduisante entre expérimentés et jeunes fondateurs peut tourner à
l'aigre. Certains seniors en ont fait l'amère expérience et ont préféré
retourner dans des activités plus traditionnelles.
« Construire
quelque chose de A à Z »
Depuis un an et demi, Robert Barge est directeur
opérationnel de Château Online, une start-up spécialisée dans la vente de vins.
Ce qui a décidé ce Néerlandais de 44 ans à se lancer dans l'aventure ?
L'aventure justement. Après une carrière dans la distribution au sein de grands
groupes aux Pays-Bas et en Belgique, il veut travailler dans la nouvelle
économie, pense qu'Internet peut apporter une vraie valeur ajoutée à la
distribution notamment dans la relation clientèle.
« A partir du moment où ma
décision a été prise, en deux mois je me suis retrouvé avec huit offres
intéressantes, dont trois concernant Internet. Il hésite entre deux
propositions, l'une comme directeur opérationnel Europe d'Amazon, la seconde
chez Château Online, une start-up de 13 personnes à l'époque (plus de 90
aujourd'hui). J'ai opté pour Château Online. Mais je voulais participer
réellement aux choix stratégiques, construire quelque chose de A à Z. Chez
Amazon, j'aurais profité d'une formidable expérience, mais cela ne m'aurait pas
donné le même sentiment d'être entrepreneur. »
Les risques financiers ? « Il
est clair qu'ils sont plus grands, d'autant que j'ai investi financièrement dans
l'entreprise. Mais à partir d'un certain âge, la satisfaction de ce que l'on
développe pèse plus lourd que la carrière. Et puis il faut savoir prendre des
risques, tout en restant réaliste, bien sûr. »
lundi 4 décembre 2000, Christine Piédalu |